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Comment survivre dans un environnement hostile

La tectonique des peuples  -  par GillesBressiere

La tectonique des peuples

Il y a deux sortes de volcans : ceux qui explosent d’un coup après avoir accumulé une énorme pression en causant un terrible désastre et ceux dont la lave fluide s’écoule calmement et continûment sans faire trop de dégâts.
Quand les peuples sont bien gérés avec des fonctionnaires qu'ils sentent à leur service, ils sont relativement paisibles. Quand les peuples subissent une pression continuelle excessive il arrive un moment où ils se rebellent plus ou moins violemment. Les dictatures durent souvent longtemps mais jamais indéfiniment. L’URSS et les pays de l’Europe de l’Est ont eu à l’éprouver tout comme les colonels grecs qui ont dû lâcher le pouvoir, etc.
Le peuple de France est exaspéré par des pressions croissantes : de plus en plus de contraintes administratives stérilisantes avec de plus en plus d’impôts, des routes mal entretenues avec des radars trop punitifs pour les faibles dépassements, etc. Le suicide massif des paysans victimes d’une administration tatillonne en est un des symptômes. Notre institution judiciaire est à la ramasse, souvent complice des délinquants (les squatters, notamment, protégés par une loi inepte) et laxiste avec ceux des zones de non-droit où les pompiers, les médecins et les policiers sont victimes de nombreux traquenards. Quand l’AME (aide médicale d’Etat) coûte annuellement environ un milliard d’euros au profit d’immigrés clandestins (c’est à dire qui ne devraient pas être là) et que les hôpitaux crient misère avec trop peu de lits de réanimation (insuffisants pour l’actuelle pandémie, conduisant l’Etat à décréter des mesures sanitaires ruineuses), ça énerve le populo qui ne bénéficie pas d’autant de prestations médicales gratuites. Etc. Etc. Etc.


La tectonique des peuples, comme la tectonique des plaques avec ses tremblements de terre et ses tsunamis, s'apparente à la théorie mathématique des catastrophes. Une catastrophe arrive sans prévenir avec rien qui laisse à penser qu’elle peut se produire parce qu’elle survient toujours produite par une cause apparemment mineure. En Tunisie, dont la dictature ronronnait tranquillement, sûre d’elle-même, il a suffit qu’un marchand ambulant s’immole par le feu après avoir été victime d’un fonctionnaire trop zélé pour embraser la société dans ce qui a été appelé le printemps arabe. C’est comme l’eau en surfusion, il suffit d’un micro-glaçon pour qu’elle gèle d’un coup complètement. Un Etat tracassin qui met son peuple sous tension est en réalité en équilibre instable, comme l’eau en surfusion, un rien peut déclencher une révolte incontrôlable. Il aurait évidemment fallu que les gouvernants prennent conscience de ce risque et relâchent préalablement la pression. Une petite taxe supplémentaire coûte beaucoup plus cher en dégâts que ce qu’elle aurait rapporté quand il faut l’abandonner sous la pression de la rue. Une petite tracasserie de trop et c’est la goutte qui fait déborder le vase.
Si la pression technocratique ne s’allège pas, ne s’humanise pas, un jour ça pètera. Les gilets jaunes en sont déjà un petit avertissement…

Ce billet se voit par hasard conforté par l’analyse de Franz-Olivier Giesbert dans son dernier éditorial (Le Point n° 2525 du 7 janvier 2021) :

La France se tiers-mondise-t-elle ?

Mais que nous arrive-t-il? N'est-il pas temps de se bouger et de sonner le tocsin, si les cloches de l'église n'ont pas été volées? A l'aube de 2021, deux dangers menacent la France: l'américanisation par le politiquement correct (pour la tête) et la soviétisation par l'hyperbureaucratie (pour le reste du corps).

La France a inventé le communisme droit-de-l'hommiste, sans État policier. Avec au moins 56 % de dépenses publiques par rapport au produit intérieur brut, elle bat tous les records des pays développés: son économie n'est donc en rien «libérale», ô le gros mot, contrairement à ce que nous répètent les tristes sires de la «pensée magique», notamment dans les écoles et les universités.

Les présidents passent, l'hyperbureaucratie prospère. En la matière, la France vient encore de se distinguer: le 1er janvier, 516 personnes seulement avaient été vaccinées contre le coronavirus. C'est peu de dire que nous figurions au bas du tableau. Nous étions même distancés et humiliés par des pays comme la Roumanie (10 829) ou la Pologne (47 600). Sans parler de toutes les grandes nations, qui, bien sûr, caracolaient très loin devant nous.
N'en déplaise aux désinformateurs officiels, si l'on rapporte le nombre de morts du coronavirus à celui de la population, nous faisons à peine mieux que les États-Unis et pire que la Suède, deux pays qu'ils pointent sans cesse du doigt. Jusqu'à présent, nous étions arrogants. Avec l'affaire des vaccins, nous sommes devenus ridicules. Ces chiffres accablants sont le symptôme de notre déclassement, d'une forme de tiers-mondisation.
Notre personnel médical étant l'un des plus performants au monde, ceux qui nous gouvernent n'ont aucune excuse: ils ont laissé la main à la bureaucratie qui le chapeaute et qui a encore donné toute sa mesure. Pinailleuse et envahissante, elle ne fait rien mais elle bloque tout. La France et l'Allemagne sont les deux pays développés qui dépensent le plus pour leur système de santé: respectivement 11,3 et 11,2 % du PIB. Mais le nôtre est suradministré. D'où notre handicap. Le phénomène n'est pas nouveau.

Il y a des siècles que nous vivons sous la férule d'une bureaucratie paperassière. Dans Les Origines de la France contemporaine (Robert Laffont, collection «Bouquins»), son grand livre, l'historien Hippolyte Taine racontait comment, avant 1789, l'Ancien Régime s'était délité sous le poids d'une «centralisation grossière, sans contrôle» mise en œuvre par «une armée de petits pachas». Depuis, nos révolutions n'ont fait que surajouter de nouvelles couches administratives.
La France n'en a pas moins continué à aller de l'avant. Mais, alors que les pays dits émergents, surtout en Asie, deviennent de plus en plus concurrentiels, il devient désormais urgent pour elle de dégraisser son mammouth. Gageons que la débureaucratisation sera l'un des thèmes de campagne du président sortant en 2022, comme en 2017, comme auparavant, elle fut l'antienne de ses prédécesseurs. Mais puissent les belles promesses ne plus engager uniquement ceux à qui elles ont été faites!
La bureaucratie n'est-elle pas consubstantielle à la France? Si le corps de notre pays souffre depuis toujours d'obésité administrative, sa tête est atteinte, elle, par un nouveau virus, l'américanite. À l'heure où tout se perd, les repères et les valeurs, elle remplit de plus en plus nos têtes de fixettes made in USA: l'exaltation des communautarismes, la haine de la laïcité, le rejet de l'universalisme, l'obsession de la couleur de peau sous couvert d'antiracisme, le culte des quotas, de la théorie du genre, etc. Sans parler de la dénonciation et de l'ostracisation («cancel culture»). Autant de tics idéologiques qui rongent souvent nos contemporains, comme des puces.

Il n'est de jour où l'américanite ne frappe. Dernière victime: Ibrahim Maalouf, trompettiste franco-libanais à succès. Après le traditionnel concert du Nouvel An de l'Orchestre philharmonique de Vienne, il a déploré que celui-ci ait été «tristement remarqué pour son manque de diversité ethnique.» Saperlotte ! La grande et superbe violoniste Zhang Zhang lui a aussitôt répondu en postant des photos de l'Orchestre philharmonique de Chine et de celui de Kinshasa, où il apparaît que les Blancs ne sont pas représentés. Avant de dénoncer la «haine» manifestée par Maalouf et sa pratique de la «cancel culture», elle a aussi observé que, pour les orchestres, le concours de recrutement se fait derrière un paravent pour que le jury ne puisse pas voir les candidats, leur couleur de peau, s'il s'agit d'un homme ou d'une femme, et ne juger que la qualité de leurs performances.
Las! Aux yeux des adeptes de la cancel culture, la performance passe après l'état civil, l'ethnie et le reste. C'est à la bureaucratie de trier le bon grain de l'ivraie, avec ses quotas, ses formulaires, ses algorithmes. L'art est son nouveau terrain de jeu. On n'en a décidément pas fini avec elle.
Bonne année! 

Jean-François Revel : "Sous la présidentocratie, la France a été de plus en plus étatisée et de moins en moins gouvernée" - Cliquer Ici

Feuilleton arMen Charpentier 30ème épisode "Le coup de massue de l'Administration!": cliquer Ici

Feuilleton arMen Charpentier 31ème épisode "Le coup mortel !" : cliquer Ici

Feuilleton arMen Charpentier 32ème épisode "Après, la chasse à l'homme continue !" : cliquer Ici

Publié le 07/01/2021 16:26   Tous les billets   Haut


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